En Russie, Renault va prendre le contrôle de Lada

En Russie, Renault va prendre le contrôle de Lada

Publié le 13/10/2016
Gauthier Kerros


Les actionnaires du constructeur automobile russe ont approuvé un plan de recapitalisation de 1,1 milliard d’euros, souscrit pour près d’un tiers par Renault. Frappé de plein fouet par la crise, Lada possède néanmoins un potentiel énorme.

Alors que François Hollande et Vladimir Poutine se déchirent sur la scène internationale, Renault continue d’avancer ses pions en Russie.

Une prise de contrôle imminente

En 2005, la marque au losange est le premier constructeur automobile occidental à produire des véhicules en Russie, en l’occurrence la Logan. En 2008, il prend 25% d’Avtovaz , la maison mère de la marque mythique Lada, moyennant 1 milliard de dollars.

Le 10 octobre 2016, les actionnaires d’Avtovaz ont approuvé un plan de recapitalisation de 85 milliards de roubles (environ 1,1 milliard d’euros) et, dans un deuxième temps, la conversion de créances en actions.

Selon une source proche d’un des actionnaires citée par l’agence Reuters, Renault pourrait atteindre les 72,5% du capital (contre 37,5% actuellement), tandis tandis que Nissan passerait de 12,5% à 5,5% et Russian Technologies de 25% à 11%.

Le pari russe de Carlos Ghosn

Renault sait qu’il met le pied dans une société délabrée héritée de l’Union soviétique avec une productivité catastrophique, des modèles peu fiables et obsolètes qui ne s’exportent quasiment pas. Avtovaz  reste ainsi prisonnier d’un marché intérieur qui s’est effondré de moitié par rapport à 2012, à 1,02 millions de véhicules (à comparer aux 1,9 millions de voitures particulières vendues en France en 2015) !

Selon Barclays, l’opération d’augmentation de capital  à laquelle participera Renault réduira d’un demi-point la marge opérationnelle de groupe et alourdira de 1,3 milliard d’euros la dette nette du constructeur en 2016.

Alors, pourquoi Renault s’obstine-t-il ? Tout d’abord, se laisser diluer serait perdre tout le bénéfice des efforts consentis jusqu’ici. Le Français a installé une chaîne de production ultra-moderne, celle de la plate-forme « B Zéro ». Cette chaîne produit des véhicules pour Avtovaz, mais aussi pour Renault (Logan II et Sandero II)  ainsi que pour Nissan.

Par ailleurs, après de nombreux plans de restructuration,  Avtovaz compte renouer avec les bénéfices au plus tard en 2018, indiquait fin août son tout nouveau directeur général, Nicolas Maure.

Un marché au potentiel très prometteur

Le constructeur russe dispose de formidables capacités de production inemployées, d’un tissu de fournisseurs, et il détient, de loin, la première place du marché automobile russe avec 18,6% de parts de marché.

Certes ses ventes chutent, mais plus lentement que le marché lui-même. Elles ont même progressé de 5% sur le seul mois de septembre, grâce aux nouveaux modèles lancés avec l’aide de Renault.

La Russie demeure un débouché stratégique pour le constructeur tricolore. Renault table sur un retour de la croissance. Le marché auto russe n’a-t-il pas frisé les 3 millions d’unités en 2012? Nicolas Maure voit d’ailleurs le marché retrouver un niveau de deux millions d’unités par an d’ici quatre à cinq ans. Dans ce cas, Renault serait magistralement placé pour profiter de cette reprise.