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Avec André, Spartoo change de pointure

Publié le 22/01/2018
Gauthier Kerros


Après avoir postulé, en vain, à la reprise de Bata en 2016, le groupe grenoblois est en passe de remporter André. De quoi accélérer sa stratégie « phygitale » et atteindre les 250 millions d’euros de chiffre d’affaires dès cette année.

Enfin ! Après avoir échoué à reprendre les enseignes Eram (en 2015) et Bata (en 2016), Boris Saragaglia est sur le point de mettre la main sur André. Le PDG-fondateur de Spartoo est en effet entré en négociation exclusive avec Vivarte, sa maison mère.

Le mariage, qui devrait être finalisé au printemps 2018, donnera naissance à un nouveau groupe, « réparti à égalité entre son réseau de magasins et son activité internet », avec un chiffre d’affaires consolidé de 250 millions d’euros.

Si les activités des deux entreprises sont complémentaires, cette union n’en est pas moins un sacré défi, tant leurs deux cultures sont différentes.

André, une « vieille dame » en convalescence

L’aventure André commence en 1896, quand Albert Lévy, un jeune alsacien de 23 ans, reprend La Manufacture nancéienne de chaussures pour fabriquer des souliers élégants mais bon marché. En 1904, les deux premiers magasins André ouvrent à Paris.

Très vite l’enseigne se développe et gagne Lyon, Marseille, Bordeaux… Dès les années 1930, André compte 135 boutiques et joue à fond la carte de ma publicité avec le fameux « chausseur sachant chausser », inventé en 1932 par Marcel Bleustein-Blanchet, le fondateur de Publicis.

Après le décès de Georges Lévy, fils d’Albert, Jean-Louis Descours prend la direction de l’entreprise en 1960. Visionnaire, Descours comprend plus vite que d’autres l’opportunité de s’installer à la périphérie des villes et réussit le virage des grands centres commerciaux où il implante des boutiques. Le groupe inaugure son 500ème magasin en 1983. S’en suivent deux décennies d’acquisition, dans le prêt à porter et la mode surtout.

Les années 1990 et 200 sont décisives pour le groupe. L’essor de la concurrence asiatique et des sites e-commerces, les changements d’actionnaires et le repositionnement haut de gamme affaiblissent considérablement l’enseigne. Celle-ci cumule les pertes et ne compte plus que 120 boutiques aujourd’hui…

Spartoo, le leader de la vente de chaussures en ligne

Créé par Boris Saragaglia, Paul Lorne et Jérémie Touchard, trois amis passés par des écoles de commerce et d’ingénieurs (HEC, Ecole des Mines, Centrale), Spartoo voit le jour en 2006. Malgré la concurrence du français Sarenza et de l’allemand Zalando, lancés respectivement en 2005 et 2008, Spartoo se développe très rapidement.

Grâce aux 45 millions d’euros levés auprès de plusieurs fonds d’investissement français, européens et américains, la startup se tourne vers l’international dès 2010 et décline aujourd’hui son site en 24 langues. En 2013, la startup décide de s’ouvrir au prêt à porter. En 2014, elle crée sa marketplace qui est aujourd’hui la plus grande d’Europe (3 500 marques et plus de 300 000 produits) et lance ses marques propres.

En 2015, l’entreprise franchit un nouveau cap. Elle créée sa propre filiale de transport (TooPost), mais surtout, elle ouvre sa première boutique physique à Grenoble. Une quinzaine d’autres suivront ensuite dans la région Rhône-Alpes, le Nord et l’Est. Le PDG de Spartoo, Boris Saragaglia, confiait d’ailleurs aux Echos en 2016, qu’il avait pour objectif d’ouvrir « une centaine de magasins physiques d’ici l’été 2020 » car il s’agit selon lui « d’excellentes vitrines pour la marque qui permettent d’humaniser la relation » avec les clients.

Le rachat d’André et de son réseau de boutiques devrait lui permettre de remplir cet objectif bien plus vite que prévu. A suivre.