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Toyota à Valenciennes, une «love story» made in Hauts-de-France

Publié le 05/02/2018
Gauthier Kerros


Alors que Toyota vient d’annoncer un nouvel investissement de 300 millions d’euros dans son usine nordiste, retour sur une belle histoire industrielle franco-nippone.

Une usine, ce sont des centaines de millions d’euros investis et des centaines d’emplois créés. L’installation de Toyota à Onnaing (59), à quelques kilomètres de Valenciennes, a redonné espoir à tout un territoire marqué par la fin des Houillères, la crise de l'industrie textile et la fermeture de 13 usines sidérurgiques entre 1977 et 1994.

Un marathon de deux ans pour convaincre les Japonais.

Depuis le début des années 1990, Toyota veut implanter une usine en Europe. A l’époque, l'Angleterre et la Pologne font figures de favoris. Valenciennes n'est qu'une candidate parmi 70 autres sites en Europe.

Il faut attendre juin 1995 pour que des contacts soient pris au niveau gouvernemental avec Toyota. « Il fallait d'abord gagner le dossier pour la France. Jacques Chirac a eu un rôle déterminant. Il a rencontré trois fois Hiroshi Okuda [ndlr, le président de Toyota] pour défendre la candidature française », reconnaît Jean-Louis Borloo, alors député-maire de Valenciennes.

Tout s’accélère début 1997. Recensement des sites de 200 hectares disponibles par la Datar, envoi de questionnaires aux acteurs économiques (CCI, Nord-Pas-de-Calais Développement) et administratifs (préfecture). Au fil des mois, les missions japonaises se succèdent à Valenciennes.

Il faut dire que le dossier industriel est convaincant : la situation géographique du Nord-Pas-de-Calais, proche du siège européen de Toyota et de nombreux équipementiers automobiles, la densité du réseau routier et ferroviaire, la présence de main-d’œuvre qualifiée sur place…

Mais à l’enthousiasme succèdent quelques inquiétudes. La fermeture de l'usine Renault de Vilvorde semble relancer la candidature belge. Au Royaume-Uni, le tout nouveau gouvernement Blair fait preuve d'un incroyable activisme pour convaincre les Japonais.

En France, Alain Juppé s'est mis en tête de faire venir Toyota à Bordeaux. Jean-Claude Gaudin a la même idée pour Marseille. Mais la menace la plus sérieuse a sans doute été l’annonce des « 35 heures » par le gouvernement Jospin… Un haut fonctionnaire est dépêché d'urgence pour rassurer les Japonais.

Le 9 décembre 1997, Toyota annonce finalement son choix : ce sera Valenciennes. L’épilogue d’un long feuilleton. Le début d’une belle histoire industrielle.

Une usine moteur de l’économie locale

L'implantation de l'usine de Toyota a profondément redynamisé l'économie locale et l'image du Valenciennois. En lui-même, le projet a amené directement 1,1 milliard d'euros d'investissement et près de 3.900 emplois directs - dont 2.900 CDI, bien au-delà des 1.500 emplois promis à l'origine. 

Plusieurs sociétés de la galaxie Toyota se sont implantées dans le même périmètre - Toyota Boshoku, Toyota Tsusho, Toyotomi, Green Metal ou encore Toyota Logistics France, soit 900 emplois supplémentaires. Le réseau de sous-traitants s'est aussi densifié.

L'emploi a progressé de 30 % entre 1990 et 2010 dans l'arrondissement, deux fois plus vite que la moyenne régionale. Le chômage est ainsi passé de 23% en 1997 à 15,2% aujourd’hui.

La bonne santé de Toyota demeure cruciale pour le bassin d'emploi. Le constructeur joue bien volontiers la carte de l'écosystème local, soutenant par exemple sans interruption le club de foot VAFC. Surtout, l’entreprise est un gros contributeur fiscal : depuis son implantation, l'usine a acquitté quelque 250 millions d'euros d'impôts locaux et nationaux.

De nouveaux investissements d’ici 2020

Et ce n’est pas près de s’arrêter. L'usine nordiste du constructeur nippon, qui a franchi l'an dernier le cap des trois millions de Yaris produites, va bientôt s’agrandir.

Le 22 janvier, Toyota a en effet annoncé un nouvel investissement de 300 millions d'euros dans son usine d’Onnaing. Dans les prochains mois, le site sera progressivement modernisé avec de nouveaux équipements, technologies et systèmes, afin de préparer l’introduction de la plateforme Toyota New Global Architecture (TNGA).

Concentrée depuis son démarrage en janvier 2001 sur la seule petite berline Yaris, l'usine de Valenciennes fabriquera un petit SUV additionnel, sur la même plateforme que la future Yaris.

Dans un premier temps, 300 contrats temporaires seront transformés en CDI pour les travaux de préparation avec la possibilité de 400 nouveaux emplois à durée Indéterminée supplémentaires lorsque la capacité maximale sera atteinte.

Luciano Biondo, Président-directeur général de TMMF, a exprimé sa fierté en annonçant la décision aux employés : « Cet investissement témoigne de la confiance du Groupe Toyota dans nos activités et vient saluer tous nos efforts pour produire des voitures de qualité supérieure pour nos clients. L'accord pour l’Avenir du site signé en 2017 avec nos syndicats a contribué à cette décision majeure. Cet investissement peut nous permettre d'atteindre notre ambition de produire de 300.000 unités par an dans le futur ».

Oui, on peut produire des petites voitures en France de façon rentable. Toyota le prouve tous les jours.