Frenchvanitytribune

Avec Lutti, Carambar déclare la guerre des bonbons

Publié le 07/02/2019
Gauthier Kerros


Carambar & Co (Carambar, Poulain, Krema, La Pie Qui Chante, Terry’s...), le deuxième confiseur en France, vient d’acquérir Lutti, son challenger. Le nouveau groupe, qui possède des usines à Bondues et Marcq-en-Barœul, talonne désormais Haribo.

De par leur histoire, les marques Carambar comme Lutti sont intimement liées à la métropole lilloise.

Carambar a été créé par la société Delespaul-Havez, fondée à Lille en 1848. Une société spécialisée dans les dragées, bonbons au chocolat, pains d’épices et biscuits.

En 1953, l’entreprise connaît un ralentissement de son activité. Georges Fauchille, directeur commercial et Augustin Gallois, chef de fabrication s'inspirent d'une étude réalisée auprès d’enfants pour inventer une nouvelle friandise. Les enfants ne s'intéressent plus aux sucettes, ils veulent mâcher leurs bonbons.

Les deux collègues imaginent alors un mélange de cacao et de caramel. La « légende » veut que pendant les premiers essais de production, une machine se serait déréglée. Il en sort un bonbon au caramel mou, long de soixante-deux millimètres.

En réalité, Augustin Fauchille aurait réglé la machine afin de produire des caramels longs, pour changer du format carré habituel des « toffee » déjà fabriqués par Delespaul-Havez. Le « Caram’bar » était né. Il arbore déjà un emballage rouge et jaune et coûte cinq centimes de franc. Mais il faudra attendre 1969 pour qu’apparaissent les fameuses blagues, devinettes et autres charades.

Toujours fabriqué à Marcq-en-Barœul, Carambar est passé dans de nombreuses mains depuis plus de 70 ans : Générale Alimentaire, Générale Occidentale, BSN, Danone, Cadbury, Mondelez... En 2017, le fonds français Eurazeo reprends la marque et crée Carambar & Co. Dans son escarcelle, Carambar, bien sûr, mais aussi Krema, La Pie Qui Chante, Poulain et les licences Suchard et Malabar.

La nouvelle entité compte cinq usines (Blois, Marcq-en-Barœul, Saint-Genest, Strasbourg et Vichy), pèse 17% de part de marché sur les bonbons, et réalise des ventes évaluées à 250 millions d’euros. Ce qui place Carambar & Co en deuxième position sur le marché français, derrière le leader Haribo. Pour le moment du moins.

Carambar & Co vient en effet absorber Lutti, qui « pèse » actuellement 12,5 % des ventes de sucreries en France, avec Arlequin et la gamme Scoubidou notamment.

Héritier d’un groupe franco-belge créé en 1889, Lutti était la propriété depuis sept ans du groupe allemand de confiserie Katjes International, basé à Emmerich, petite bourgade proche de la Belgique et des Pays-Bas. Installée dans la zone Ravennes-les-Francs à Bondues, son usine compte 420 salariés et génère 115 millions d’euros de chiffre d’affaires par an.

L’union de Carambar et Lutti permet de former un nouveau poids lourd des sucreries « made in France » à la fin de l’année 2018. Plus si loin du mastodonte Haribo, qui s’octroie près de 38,7% du marché de la friandise hexagonale.

Néanmoins, tout reste à écrire. Une réorganisation de l’outil de production sera inévitable. Si la production des bonbons Lutti sort d’une seule et même usine, celle de Carambar & Co est éclatée entre cinq sites qui ont été largement négligés par leur précédent propriétaire, Mondelez.

Lutti, après la cure imposée par les Allemands, semble déjà en ordre de marche quand Carambar doit encore se réorganiser. Eurazeo a promis 35 millions d’euros pour ce faire.