A 72 ans, Lemahieu se tricote un bel avenir

A 72 ans, Lemahieu se tricote un bel avenir

Publié le 01/04/2019
Gauthier Kerros


L’entreprise familiale Lemahieu vient de changer de mains. Martin Breuvart et Loïc Baert succèdent à Edith Lemahieu, fille du fondateur, et Olivier Diers, son mari. Une transmission réalisée alors que le bonnetier de Saint-André-lez-Lille affiche une belle santé.

L’aventure Lemahieu commence il y a 72 ans. Nous sommes en 1947, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, Henry Lemahieu a alors 25 ans. Poussé par son père, il crée son entreprise et achète ses premiers métiers à tricoter, ainsi que quelques machines de confection. L’atelier de tricotage prend place au fond du jardin de la maison familiale et l’atelier de confection au sous-sol. En 1969, la bonneterie déménage pour s’installer à Saint-André-lez-Lille dans une usine de 10.000 m2. Edith Lemahieu rejoint l’entreprise familiale en 1979. Avec son mari Olivier Diers, elle prend la direction à la retraite d’Henry en 1987.

Si l’entreprise été secouée par la crise du textile, elle a su résister aux vents contraires en innovant : « Nous avons toujours travaillé sur des produits de niche à forte technicité », explique Edith Lemahieu. Lingerie hydratante, rafraichissante, amincissante, accélératrice de bronzage, améliorateur de sommeil… « Nous sommes une succession de start-up depuis soixante-dix ans ! », enchérit Olivier Diers. L’entreprise conçoit également des sous-vêtements chauds pour les professionnels travaillant en milieu froid et très froid. Ils assurent une protection thermique optimale, tout en évitant les désagréments de la transpiration et le risque de refroidissement qui en découle.

Surtout, Lemahieu n’a jamais renoncé au « made in France » et maitrise toujours quasiment toutes les étapes de la production. Création, tricotage, coupe, broderie et confection sont tous réalisés par ses soins. Seule la filature (réalisée en Europe de l’Est ou en Turquie) et la teinture, sous-traitée à Troyes et à Roanne, échappent à Lemahieu. Avec une production réalisée de 70 à 80% en France, les produits réalisés par l’entreprise obtiennent haut la main le label Origine France Garantie.

Grâce à l’engouement renouvelé pour la fabrication tricolore, la santé de la PME familiale est excellente. Après deux années de forte croissance (+15% en 2015-2016 et +11% en 2015-2017), le chiffre d’affaires de l’entreprise a atteint les 6 millions d’euros l’an dernier. Le partenariat avec Le Slip français lui a donné un coup de fouet. Elle part alors à la conquête de nouveaux contrats. Elle qui ne fabriquait que pour ses propres marques (Achel, Hekla, Lemahieu) réalise désormais 30% de sa production pour d’autres sociétés en « private label » (Le Slip Français, Archiduchesse, Dooderm, Arthur, Dagobert à l’Envers, Sport d’Epoque…).

En 2018, après plus de 30 ans passées à la tête de l’entreprise, les héritiers Lemahieu décident de passer la main. Leurs enfants ne souhaitant pas prendre les rênes de l’entreprise, ils se tournent vers des repreneurs extérieurs : Loïc Baert et Martin Breuvart, deux profils complémentaires.

Loïc Baert, petit-fils de couturière, a fait ses armes dans la gestion d’activités pour l’industrie du tourisme et du transport de voyageur, occupant des postes de contrôleur de gestion, directeur marketing et directeur général pour les entreprises Mariot-Gamelin et Finand. Martin Breuvart a quant à lui codirigé pendant 15 ans SweetCo, spécialiste des produits de puériculture, literie, accessoires automobiles et équipements de protection individuelle.

« Je souhaitais diriger une entreprise porteuse de sens, confie Martin Breuvart. Nous nous sommes rencontrés avec Edith et Olivier au sein du réseau Clubtex et nous avons constaté que nous partagions les mêmes valeurs et la même passion pour la fabrication hexagonale ».

Seuls à la barre depuis le début de l’année, les deux nouveaux propriétaires comptent capitaliser sur les soixante-dix ans de savoir-faire de l’entreprise, communiquer sur la transparence de leur sourcing, être encore plus exigeant en termes de normes environnementales et viser l’export, marginal jusqu’à aujourd’hui. Un nouveau chapitre s’ouvre pour Lemahieu.