Palais de la Bourse de Lille, le réveil d'un bel endormi

Palais de la Bourse de Lille, le réveil d'un bel endormi

Publié le 08/01/2020
Gauthier Kerros


Conçu par l’architecte Louis-Marie Cordonnier (1854-1940), le Palais de la Bourse marque l’entrée de Lille dans la modernité. Entre commerces et espaces de coworking, il bat aujourd’hui au rythme du centre-ville de la capitale régionale.

La Chambre de commerce de Lille a été créée par arrêt du Conseil d’État le 31 juillet 1714, puis supprimée à la Révolution avant d’être rétablie le 3 nivôse an XI (24 décembre 1802), sous l’autorité d’un conseil général du commerce établi auprès du ministre de l’Intérieur.

Depuis sa création, la Chambre de Lille siège dans une salle de l’Hôtel de Ville. Elle y demeure jusqu’en août 1868, puis s’installe dans un local situé au-dessus de la salle des Pas-Perdus de la nouvelle gare, jusqu’au 1er octobre 1898, date à laquelle elle rejoint la rue de la Chambre des comptes.

Dès 1894, la Chambre cherche un immeuble destiné à réunir tous ses services et proposer des locaux commerciaux à la location. Plusieurs solutions sont alors envisagées mais elles sont rapidement abandonnées en raison de l’importance de la dépense.

A partir de 1904, la nouvelle municipalité, dirigée par l’industriel du textile Charles Delesalle, décide d’engager de grands travaux d’urbanisme. En 1905, la Ville vote l’ouverture d’un boulevard reliant Lille à Roubaix et Tourcoing, accessible à l’automobile et au tramway dont le départ se situe sur la place du Théâtre, édifice construit par Michel Lequeux à la fin du XVIIIème siècle et détruit par un incendie en avril 1903.

La municipalité propose donc à la Chambre de commerce un emplacement à l’entrée de ce grand boulevard. Celle-ci charge du projet l’architecte Louis-Marie Cordonnier, également choisi pour la construction du nouveau théâtre en 1907. L’emplacement en question se révèle peu commode malgré sa situation exceptionnelle. Il s’agit en effet d’un large pentagone irrégulier d’immeubles anciens possédant de nombreuses caves qui, pour certaines d’entre elles, s’étendent sous la voirie communale. Un véritable défi que l’architecte va relever avec brio.

Cordonnier opte pour un style néo-Renaissance flamande : pierre et briques, campaniles, clochetons et pinacles, hautes toitures propres aux villes du Nord… Les travaux sont financés par la Ville à hauteur de 850.000 Francs. La Chambre de commerce emprunte quant à elle 4 millions de Francs.

La première brique est posée le 22 septembre 1909. Lorsque la Grande Guerre éclate, le gros-œuvre est à peu près terminé. Mais l’occupation allemande interrompt le chantier au profit de l’achèvement de l’Opéra qui sera inauguré par l’occupant. Finalement, un dernier emprunt de 5 millions de Francs est encore nécessaire pour achever la construction en 1921.

90 ans plus tard, confrontée à une forte baisse de ses dotations depuis la réforme consulaire, l’institution doit se réinventer. Initié dès 2014 par Philippe Hourdain puis porté par Yann Orpin, une importante reconfiguration du bâtiment, classé Monument historique en 2015, a lieu. 3.000 m2 sont concédés à Now Coworking pour en faire un (superbe) espace de travail partagé. Les 1.100 m2 donnant sur la place du Théâtre et les rues adjacentes accueillent quant à eux de nouveaux commerces. Un retour au projet originel en somme.