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Villa Cavrois, château moderne

Publié le 11/04/2016
Gauthier Kerros


Œuvre emblématique de l’architecte moderniste Robert Mallet-Stevens, la villa Cavrois  a été conçue et édifiée pour Paul Cavrois et sa famille au début des années 1930. Après 13 années de travaux, le Centre des Monuments nationaux a su redonner tout son lustre à cette œuvre d’art totale.

Quand Paul Cavrois, membre de l’aristocratie textile roubaisienne, décide de faire construire la demeure familiale, c’est à bonne distance des usines. En1923, l’industriel fait l’acquisition d’un terrain à Croix, à quelques kilomètres de Roubaix. Il projette d’y construire une villa où loger sa famille, qui comprend sept enfants.

Dans un premier temps, il confie le projet à Jacques Gréber, un architecte prisé de la bourgeoisie locale. Celui-ci lui propose une demeure dans le goût « néo-régionaliste », alors en vogue. Manifestement, l’idée ne plait pas au commanditaire et il faudra attendre six ans avant que le projet soit relancé.

Une œuvre moderniste totale

En 1929, Paul Cavrois confie la construction de sa villa à un architecte beaucoup plus novateur, Robert Mallet-Stevens. Rien ne le prédestinait à commander une telle villa : ce n’est ni un collectionneur ni un « avant-gardiste ». Il a sans doute été séduit par la perspective du cadre de vie sain, confortable et moderne que lui promettait l’architecte. Quoi qu’il en soit, Paul et Lucie Cavrois lui laissent l’entière liberté de concevoir leur maison familiale, à condition de respecter strictement le budget alloué.

Terminée en 1932, la silhouette moderne de la villa tranche radicalement dans le paysage. Mallet-Stevens a imaginé la demeure comme un véritable château moderne : proportions imposantes (une façade de 60 m de long, 2800 m² de plancher), distribution en deux ailes symétriques, dépouillement des volumes, ouverture de larges baies vitrées, multiplication des toits terrasses, équipement de pointe (chauffage central, téléphonie, heure électrique, ascenseur…), recours aux matériaux et aux techniques industriels (verre, métal, acier)…


Lorsqu’il conçoit la villa, Mallet-Stevens ne se limite pas au tracé des volumes architecturaux : il dessine aussi tout le décor intérieur, jusqu’au moindre élément mobilier. En cela, il pousse au paroxysme le concept « d’œuvre totale » qu’il défend au sein de l’Union des Artistes modernes.

Un chantier de restauration titanesque

Au décès de Madame Cavrois, en 1986, le mobilier est dispersé et la villa est mise en vente. Acquise par un promoteur immobilier, la demeure est promise à la destruction et le parc est loti. Le classement au titre des Monuments historiques en 1990 ne suffit pas à sauver la villa : le propriétaire la laisse volontairement se dégrader sous l’action conjuguée des squatteurs et des pillards.

Acquis par l’État en 2001, un gigantesque chantier de restauration commence en 2003. Menés par la DRAC Nord-Pas-de Calais (le clos et le couvert) puis par le Centre des monuments nationaux (le parc et les intérieurs), ils se sont achevés en juin 2015. Treize ans ont été nécessaires pour restaurer la villa et son parc dans leur état de 1932.

Aussi, la Villa Cavrois retrouve progressivement le mobilier qui faisait corps avec elle. Un ensemble de huit fauteuils et de deux tables, provenant du grand salon-hall de la villa, et une paire de chaises du bureau de Monsieur Cavrois, issus de la collection Utterberg, ont été acquis le fin 2015 chez Sotheby’s New York.

Depuis son ouverture aux visiteurs, la villa Cavrois, édifice remarquable du XXème siècle, a déjà accueilli plus de 80 000 visiteurs.