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Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’une histoire tumultueuse

Publié le 04/05/2018
Gauthier Kerros


L’exposition-évènement propose une traversée de l’histoire religieuse, politique, culturelle et artistique des communautés chrétiennes, de l’Antiquité à nos jours. A découvrir au musée des beaux-arts de Tourcoing, le MUba Eugène Leroy, jusqu’au 11 juin prochain.

Aujourd’hui encore, en dépit de toutes les vicissitudes de l’histoire ancienne et contemporaine, les chrétiens, au Proche et au Moyen-Orient, ne sont pas les traces résiduelles d’un passé révolu, mais les parties prenantes d’un monde arabe à la construction duquel ils ont largement contribué.

Après son succès à l’Institut du monde arabe de Paris, l’exposition-évènement « Chrétiens d’Orient – 2000 ans d’histoire » fait escale à Tourcoing jusqu’au 11 juin.

Conçu grâce à l’aide de l’Œuvre d’Orient en lien étroit avec les différentes communautés, le parcours est jalonné de plus de 300 objets.  On y trouve de nombreux chefs-d’œuvre patrimoniaux, certains encore jamais montrés en Europe et prêtés pour l’occasion par les communautés elles-mêmes.

Entre autres merveilles : des mosaïques et des fresques des premières églises palestiniennes et syriennes, des portraits de moines coptes égyptiens, ainsi que des icônes, le tout illustrant sans nul doute la magnificence de l’art sacré des premiers Chrétiens.

Une religion riche de sa diversité

L’exposition consacre une place importante à l’émergence et à la construction de ce qui est alors une nouvelle religion parmi d’autres. Elle montre notamment comment se sont formées les Églises grecque, copte, assyro-chaldéenne, syriaque, arménienne et maronite sur fond de débats théologiques.

Surtout, elle fait voir ces Églises aujourd’hui, dans la diversité de leurs rites, de leurs saints, de leurs traditions, de leurs lieux, de leurs langues sacrées, de leurs architectures et de leurs représentations iconographiques.

Une coexistence pacifique dans le monde arabo-musulman

La diffusion rapide de l’Islam au Moyen-Orient, avec les conquêtes arabes des premiers califes de 632 à 661, a constitué un défi pour les chrétiens. Même si liberté leur était donnée de conserver leurs croyances, leur nombre diminue.

Néanmoins, leur statut de « dhimmis » (protégés) leur permet de continuer à jouer un rôle majeur dans l’administration et la vie intellectuelle et sociale, aussi bien sous les différents califats que dans l’Empire ottoman (1453-1923).

Par la traduction, ils sont des passeurs culturels. Par leur place dans les arts, l’architecture, l’artisanat, ils participent à l’essor de la nouvelle civilisation dont ils adoptent progressivement la langue. Leurs Églises y restent vivantes comme le montre la poursuite des créations architecturales et artistiques.

Une participation active au nationalisme arabe

Au XIXème siècle, les penseurs chrétiens, souvent laïcs, prennent une grande part dans l’éveil des nationalismes dans un Empire Ottoman malade.  Dépassant les traumatismes parfois sanglants de leur histoire, ils réaffirment l’ancrage historique de leurs communautés dans le monde arabe.

Ils ne cessent donc pas d’influer dans la vie sociale, politique, économique, artistique et littéraire des pays nouvellement indépendants auxquels ils appartiennent. C’est aussi ce que l’exposition met en exergue, sans faire l’impasse sur les questions les plus brûlantes de l’actualité.

Un présent plein de dangers et de promesses

Aujourd’hui, le péril islamiste qui s’abat sur le Proche et le Moyen-Orient touche de plein fouet les chrétiens et menace leur existence même.

Au-delà du drame humain, au-delà des craintes pour la préservation d’un patrimoine matériel et immatériel deux fois millénaire, c’est la question de la diversité du monde arabe qui est en cause.

Pourtant, masqué par les horreurs de l’actualité et par le développement des mouvements extrémistes, un espoir semble s’esquisser. A travers des témoignages, l’exposition montre qu’une conscience nouvelle, séculaire et citoyenne est en train de germer au sein des sociétés arabes.

Preuve qu’un avenir est toujours possible.