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Frenchvanitytribune

L'Empire des roses, l'art persan en majesté

Publié le 18/06/2018
Gauthier Kerros


Jusqu’au 23 juillet, le musée du Louvre-Lens présente la toute première rétrospective en Europe continentale consacrée à l’art fastueux de la dynastie des Qajars, souverains qui régnèrent sur l’Iran de 1786 à 1925. Pas moins de 400 œuvres, peintures, dessins, bijoux, émaux, tapis, costumes, dans une scénographie colorée imaginée par Christian Lacroix.

Déambuler dans un palais perse du XIXème siècle, des soieries chatoyantes du sol au plafond. C'est ainsi que Christian Lacroix a imaginé la scénographie de l'exposition « L'Empire des roses » pour immerger le visiteur dans l'opulence de la Perse qajare.

Cette période est sans aucun doute l’une des plus fascinantes de l’histoire du pays, entre ouverture à la Modernité et préservation de son identité.

Mais si les historiens se sont intéressés aux civilisations anciennes qui ont fleuri sur ce territoire grand comme trois fois la France, bien peu se sont penchés sur l’Iran moderne. Au XIXème siècle, l’histoire du pays est pourtant mouvementée, tant sur le plan politique qu’artistique.

En 1786, Aqa Muhammad, un général d’armée, eunuque et chef de tribu, parvient à s’emparer du pouvoir et à se proclamer Shah, c’est-à-dire souverain d’Iran. Trois ans auparavant, il s’est installé dans une petite bourgade dont il fait sa capitale : Téhéran. Après son assassinat en 1797, son neveu Fath Ali Shah monte sur le trône. La dynastie des Qajars se met alors en place. Six souverains se succèdent jusqu’à Ahmad Shah, destitué en 1925 par Reza Khan, qui fondera la dynastie Pahlavi.

Originale et surprenante, la création artistique de cette époque est particulièrement riche et foisonnante, encouragée par une production de cour extrêmement virtuose.

C’est ce que l’exposition du Louvre-Lens met en lumière. Peintures, dessins, bijoux, émaux, tapis, costumes, photographies ou encore armes d’apparat… Pas moins de 400 œuvres sont présentées au public, une grande partie pour la première fois, issues de très nombreuses collections privées et de prestigieuses institutions européennes, nord-américaines et moyen-orientales. L’exposition bénéficie notamment de prêts exceptionnels de grands musées iraniens.

L’exposition commence par emmener le visiteur sur les pas des voyageurs occidentaux du XIXème siècle. C’est le temps des découvertes archéologiques, des descriptions scientifiques et des premières collections. Trois Français comptent parmi les pionniers. Pascal Coste, l’architecte aux vues analytiques, part en 1840 en compagnie du peintre Eugène Flandin. Leurs ouvrages sont les premiers à recenser et à analyser les monuments anciens et modernes de la Perse. Le peintre Jules Laurens, quant à lui, parcourt l’Iran à partir de 1845. Ses impressions de voyage nourrissent l’ensemble de son oeuvre. Tous trois jouent un rôle essentiel dans la découverte de l’Iran qajar par l’Europe.

Le XIXème siècle est marqué par le renforcement des discours identitaires et l’émergence des nationalismes. C’est l’époque du « grand concert des Nations ». L’Iran qajar s’inscrit pleinement dans ce processus. Comme ailleurs, l’histoire, la culture et les arts y jouent un rôle essentiel.

Sous l’impulsion des princes et des élites, l’Iran redécouvre son Antiquité. L’image prestigieuse des grands empereurs préislamiques, achéménides et sassanides, est mise au service de la construction de l’image nationale. Le « Bazgasht », « retour » en persan, ce mouvement littéraire visant à retrouver la pureté de la langue persane, participe de cette quête identitaire. L’histoire plus récente est également convoquée : l’époque safavide (1501-1722), durant laquelle le chiisme, l’une des deux principales branches de la religion musulmane, fut promu religion d’État, est particulièrement mise en valeur.

L’art qajar s’imprègne tout entier de ce contexte politique et idéologique. À travers lui, s’affirme et se déploie l’image d’un empire plurimillénaire, authentique et gardien de la foi. Les Shahs, conscients de l’enjeu que peut représenter, sur le plan politique, la production artistique, sont eux-mêmes artistes. Utilisant savamment leur image, ils façonnent un nouvel écrin à leur pouvoir parfois chancelant, créant une cour luxueuse et raffinée, dans un décor architectural renouvelé.

En lien avec l’exposition, le musée propose également une série de spectacles et de conférences. La programmation explore les mythes fondateurs de l’Iran, évoque la découverte de la contrée par les artistes européens du XIXème siècle et présente la création iranienne actuelle.