Gigantisme, Dunkerque hors-norme

Gigantisme, Dunkerque hors-norme

Publié le 16/10/2019
Gauthier Kerros


Eclairer l’architecture industrielle à travers le regard d’artistes, c’est le pari de cette première et audacieuse triennale qui se tient à Dunkerque jusqu’au 5 janvier 2020.

Une ville portuaire, des sites industriels, d’anciens chantiers navals… Quel meilleur cadre que la démesure dunkerquoise pour une triennale d’art contemporain ? Baptisée « Gigantisme », cette première édition est consacrée aux liens entre art et industrie, notamment durant la période allant de 1947 à 1989. Tout un symbole dans une ancienne région industrielle comme les Hauts-de-France.

Cet événement est porté par deux institutions dunkerquoises, le FRAC (fonds régional d’art contemporain) Grand Large et le LAAC (Lieu d’art et action contemporaine). C’est aussi un hommage à Gilbert Delaine, le fondateur du LAAC, qui a fait venir à Dunkerque dans les années 70 des artistes comme César, Télémaque… amateurs (déjà) de « gigantisme ».

Pas moins de 180 artistes sont donc partis à l’assaut des espaces publics de la cité, où les installations contemporaines spectaculaires rivalisent d’audace, de poésie, de folie, pour célébrer les noces de l’art et de l’industrie. La street-artist Maya Hayuk s’est emparée d’un mur du Kursaal, sur la digue, pour réaliser une fresque colorée. Des balises, qu’on trouve d’ordinaire en mer pour signaler les dangers, ont été disposées par Hera Büyüktasçiyan afin de créer un cheminement entre le LAAC et le FRAC. Nathalie Brevet et Hugues Rochette ont créé au Môle 1, à l’aide de containers, une cascade qui se jette dans la mer. Des cuves du terminal Rubis, au port est, ont été peintes par Tania Mouraud. Partout, le sens du détail dans la démesure.

Mais « Gigantisme », ce sont aussi des expositions. Les impressionnantes bobines de cordes multicolores (Desire Lines) de Tatiana Trouvé, les énormes arcs en acier enchevêtrés de Bernard Venet ou l’installation en polystyrène extrudé (Bouche-moi ce trou 2) d’Anita Molinero, ont trouvé leur écrin dans la cathédrale de l’AP2, un ancien atelier des chantiers navals. Dans l’extension translucide conçue en 2013 par les architectes Lacaton et Vassal, le troisième parcours, « Space is a house », revient sur la révolution domestique après-guerre, l’influence du design dans les intérieurs… Un saut dans les années 1960-1970 et ses symboles. À deux pas, le LAAC héberge « À l’américaine », une exposition consacrée à l’influence du progrès technique et des États-Unis sur la création artistique en France et en Europe.

Une bien belle occasion de se balader dans cette ville aux immenses espaces. Et de mieux la comprendre.