Crise de croissance pour la French Tech ?

Crise de croissance pour la French Tech ?

Publié le 07/01/2019
Gauthier Kerros


Depuis que la France a décidé de se transformer en « startup nation », le CES fait l'objet de toutes les attentions. Cette année encore, pas moins de 414 entreprises, dont 376 startups, feront le déplacement à Las Vegas. Cocorico ? Pas sûr… Entre les erreurs de casting, le bal des egos et l’absence de champions mondiaux, la French Tech doit encore gagner en maturité.

Du 8 au 11 janvier prochain, on entendra beaucoup parler français à Las Vegas. Avec pas moins de 414 entreprises françaises, dont 376 startups, l'Hexagone amènera encore le troisième contingent mondial d'entreprises au Consumer Electronics Show (CES) derrière les États-Unis et la Chine, le deuxième pour les startups.

Un écosystème qui doit gagner en maturité

Un nouveau record qui a plutôt tendance à embarrasser la Mission French Tech et Business France, qui fédèrent la présence française au CES. « Désormais, la stratégie est moins d'exhiber le plus de startups possible pour que le monde remarque que la France sait innover, mais de mettre en avant des futurs champions mondiaux, des belles boîtes dans des domaines d'excellence, pour attirer des talents du monde entier en France et montrer que notre écosystème tech est mature », explique à La Tribune Éric Morand, le directeur du département Tech et Services de Business France.

Il faut dire que l’édition 2018 avait laissé un goût amer. Oui, la France était immanquable, mais quelle cacophonie ! Chaque région avait envoyé sa propre délégation et menait sa propre politique d'attractivité. « C'était le bal des egos. Du coup le message global de la marque France était complètement inaudible », admet Éric Morand. « Il y a aussi eu une course à l'échalote pour amener la plus grande délégation possible, quitte à prendre des startups trop jeunes ou trop axées sur le marché professionnel, qui n'avaient rien à faire dans un salon grand public comme le CES », poursuit-il.

Cette année, pour remédier à ces dérapages, il a donc été décidé de créer une délégation unique, et donc de fédérer toutes les régions françaises autour de Business France et de la Mission French Tech. Sur les onze régions présentent au CES, neuf ont joué le jeu et partent sous le pavillon France. Seules Grand-Est et Auvergne-Rhône-Alpes font bande à part. En revanche, Business France n'a pas réussi à organiser la délégation unique de manière thématique, ce qui lui aurait conféré davantage de lisibilité.

Peu de champions mondiaux, faute de financements

Mais le nombre important de startups ne masque pas le faible nombre de PME ou d’entreprises de taille intermédiaires (ETI) françaises au salon. La France « a toujours ce trou démographique » entre les jeunes pousses et les géants industriels de taille mondiale type Valeo, Faurecia, Legrand, explique à l’AFP Olivier Ezratty, qui réalise chaque année un monumental rapport sur l’événement.

« En France, on a tendance à dire que plus on plante de graines, les startups, plus on aura d’arbres, les PME, ETI, licornes, mais c’est faux », regrette Pierre Cesarini, patron du groupe informatique Claranova (160 millions d’euros de chiffre d’affaires) et vieux routier du CES.

Pour grandir, les startups ont notamment besoin de financements, or ceux-ci sont encore trop difficile à décrocher en France, estime-t-il. « En France, lever 10 millions c’est possible, lever 100 millions c’est beaucoup plus difficile », souligne-t-il à l’AFP. Même constat pour Rodolphe Hasselvander, le patron de Blue Frog Robotics (une vingtaine de salariés), qui se bagarre pour lever des fonds alors qu’il a été primé l’an dernier au CES de Las Vegas et que son petit robot compagnon Buddy commence à être vendu.

La nouvelle équipe de la Mission French Tech, dirigée depuis juin 2018 par Kat Borlongan, en a fait une priorité.