Didier Vesse, l'art pour tous

Didier Vesse, l'art pour tous

Publié le 26/02/2019
Gauthier Kerros


Rendez-vous incontournable des amateurs et collectionneurs d’art, Art Up ! se tient du 28 février au 3 mars à Lille Grand Palais. Devenue en douze ans la première foire d’art contemporain en région, elle pourrait tutoyer cette année les 40.000 visiteurs. Directeur artistique de l’évènement depuis maintenant 10 ans, Didier Vesse est l’un des artisans de cette réussite. Nous l’avons rencontré.

Didier Vesse, le directeur artistique d’Art Up!, est un personnage atypique. Ancien courtier en livres et estampes, ancien galeriste, il organise sa première foire à Nîmes en l’an 2000. En 2009, Lille Grand Palais le sollicite pour reprendre la direction artistique d’Art Up! et l’encrer parmi les foires d’art contemporain qui comptent. Entretien.

Comment se porte le marché de l’art en ce début d’année 2019 ?

Difficile de répondre car j’ai tellement d’indicateurs différents que je ne peux pas donner de réponse très précise ! Je suis en contact avec des professionnels, ils me disent leurs difficultés. La fin de l’année 2018 a été très complexe. Si les foires ont été calmes pour certains, ils ont eu des retours en galerie par la suite…

Aujourd’hui le métier de galériste demande des qualités multiples. C’est un métier où on construit des relations avec les gens. Il faut découvrir de jeunes artistes, avoir du goût, être performant sur les réseaux sociaux, être présent dans sa galerie, faire face à la concurrence de certains site internet … et être un bon gestionnaire. Avoir le contact humain, tout en sachant vendre…

D’où vous vient votre passion pour l’art ?

Mes parents avaient un service décoré de l’Angélus de Millet. Je pense que cela m’a intrigué. Sinon, mon père, qui était directeur de prison, s’est vu offrir par des prisonniers des tableaux qu’ils faisaient en cellule. Je me souviens d’un chien, d’un paysage… Cela m’a interpelé. Très jeune je suis devenu collectionneur de timbres, mais uniquement ceux sur l’art !

Au lycée, je faisais partie du club de dessin. En seconde, j’ai organisé ma première exposition dans les couloirs de l’établissement avec les œuvres de mes camarades. Très jeune j’ai voulu faire une école de dessin ou de décoration, mais mon père m’a dit « tu feras comme tout le monde, passe ton bac d’abord ». Quand j’ai enfin commencé ces études artistiques, il était trop tard. En plus je ne connaissais personne. Aux Beaux-Arts de Paris, il est très difficile de réussir quand on ne connait ni un artiste, ni un atelier.

Finalement, j’ai découvert à 23 ans que j’avais des qualités de vendeur. J’ai commencé par être courtier en livres et en estampes. Je me suis ouvert à tous les métiers du monde. J’allais voir des médecins, des infirmières, des pharmaciens… J’ai vite compris que derrière l’estampe, il y avait le marché de l’encadrement. J’ai donc monté ma première galerie à Sommières avec ma première épouse et un ami encadreur.

Comment en êtes-vous venu à organiser des foires d’art contemporain ?

En fait, je comprends très vite que pour avancer dans mon métier, dans l’intérêt de mes artistes, je dois m’intéresser aux foires. J’ai donc participé à celle de Strasbourg. Cela m’a remonté à bloc et j’ai décidé de créer un évènement du même type dans le sud. Ce sera chose faite à Nîmes en 2000, foire dont j'ai été directeur pendant neuf ans. J'ai aussi organisé trois éditions à Grenoble.

En 2009, quand je suis arrivé à Lille, la foire était en difficulté suite au décès brutal d’Olivier Billiard, Directeur artistique de ce qui s’appelait Lille Art Fair. J’ai dû prendre mon bâton de pèlerin pour convaincre les gens de revenir. Mais, même si les galeries locales étaient frileuses au départ, les fondamentaux étaient là avec un tissu économique et culturel local de grande qualité !

En quoi consiste la fonction de directeur artistique d’une foire comme Art up ! ?

Art Up! est organisée par Lille Grand Palais et ses équipes. C’est une boîte à musique, chacun joue sa partition.

Dans mes fonctions, j’apporte mes connaissances sur le monde artistique. Je propose la thématique chaque année. Ce métier réclame d’être immergé totalement, lire beaucoup, rencontrer les gens… et persuader. Je dois aussi recruter de nouvelles galeries. Je suis en quelque sorte le VRP de la foire. J’ai une certaine écoute dans le métier parce que je suis un homme passionné, parce que je m’investis, je conseille. Les professionnels me font confiance parce que je suis de leur famille.

Pour mener à bien ma mission, nous avons créé un comité de professionnels choisis pour leurs compétences complémentaires. Ce comité de sélection artistique travaille à l’amélioration de la qualité de la foire via la sélection des exposants. Attention, ce n’est pas un travail de censure ! Le comité se réunit, observe, détermine l’esprit de la galerie, sa cohérence…

Quel état d’esprit avez-vous voulu insuffler à Art Up!

Dans tout ce que je fais, je suis là pour aider, encourager : les galeries pour qu’elles participent, les amateurs pour qu’ils deviennent collectionneurs.

Cette foire repose sur quatre piliers : la participation des galeries, l’organisation d’évènements par les entreprises locales, les partenariats avec les structures muséales et enfin la présence de collectionneurs. C’est pourquoi Art Up ! est un rendez-vous qui progresse d’année en année, tant en nombre de visiteurs que d’acheteurs.

Il faut dire que depuis le début, nous faisons de la pédagogie. En incitant les gens à venir découvrir de l’art, quel qu’il soit, ils se cultivent, s’instruisent. Notre foire montre les différents mouvements de l’art de l’époque. Pendant quatre jours et demi, une réelle magie s’opère.

Comment Art Up! s’articule-t-elle cette année ?

Le thème que nous avons choisi est « La photographie au cœur des créations artistiques d’aujourd’hui ». Dans ce cadre, Art Up ! accueille la foire de photographie contemporaine fotofever. Dans un espace de 400 mètres carrés aménagé façon « appartement du collectionneur », fotofever présente 9 galeries et éditeurs internationaux qui exposent les œuvres de 25 artistes issus de 8 pays.

5 conférences seront également proposées au public sur cet espace. Parmi elles, une rencontre exclusive avec le célèbre photographe de stars, Jean-Marie Périer qui dévoilera les coulisses de ses images les plus iconiques.

La foire confirme également sa volonté d’encourager la jeune création. C’est le cas avec l’exposition inédite de Fresh Art from China autour de Zhao Xiaomeng et Silin Liu, et la mise à l’honneur de Anna Katharina Scheidegger par Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains. Et bien sûr, l’exposition « Revelation by Art Up ! » attendue de tous, organisée pour la sixième année consécutive, qui met en avant le travail de jeunes artistes sélectionnés par le comité artistique de la foire parmi les candidatures proposées par les écoles d’art de la région.

De nombreux temps forts ponctuent cette édition. Le Lam [Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut, ndlr] propose quant à lui un extrait en avant-première de l’exposition dédiée à Giacometti qui se tiendra du 13 mars au 11 juin prochain. Le visiteur sera invité à découvrir l’atelier de l’artiste situé rue Hippolyte Maindron à Paris à travers une série de photographies.

L’institut pour la phographie sera présent pour présenter son actualité. Lasécu ainsi que la Maison de la photographie reviennent quant à elles pour présenter le travail d’artistes qu’ils soutiennent. Beb-Deum, illustrateur, et Philippe Hollevout, performeur, pour Lasécu et la photographe Agata Reclaf avec sa série photo intitulée « Body » pour la Maison de la photographie.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune amateur d’art qui n’a pas l’habitude des foires d’art contemporain ?

Déjà venir, revenir et revenir encore. Surtout, il faut faire attention à son émotion, à son éventuel coup de foudre et s’en saisir dès qu’il se manifeste.

Mais attention, ce coup de foudre doit être individuel. Chaque personne a une éducation, une culture et un parcours personnel. On peut avoir la chance de partager le même goût avec quelqu’un, mais ce n’est pas le cas la plupart du temps. L’émotion pour une œuvre d’art est quelque chose d’individuel, il faut savoir se l’imposer à soi et l’imposer aux autres.

Beaucoup de gens sont interpelés par une œuvre et regrettent de ne pas s’être décidé à temps. Souvent, le prix est un frein mais il ne doit pas être un obstacle. Il faut en discuter avec le galeriste, qui, en général, n’hésitera pas à proposer des facilités de paiement. Il ne faut donc pas buter sur la notion de prix.

Je conseille également d’investir sur sa génération ou celle d’en-dessous. Vous avez ainsi plus de chance que cela soit une vraie rencontre avec l’artiste.

Avoir des œuvres d’art, cela rend la vie belle. Tous les gens qui acquièrent une œuvre d’art sont heureux de l’avoir. Il y a un souvenir de l’émotion qu’ils ont eu, un souvenir du moment où ils l’ont achetée, un souvenir de la rencontre avec le galeriste qui les a fait basculer dans l’acte d’achat.