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Frenchvanitytribune

Revenu universel, c'est pour bientôt?

Publié le 16/09/2016
Gauthier Kerros


Il est loin le temps où ses promoteurs étaient considérés comme des farfelus… L’idée qui consiste à verser à tous les citoyens le même montant chaque mois, individuellement, sans condition, tout au long de leur vie, trouve de plus en plus d’adeptes, de droite comme de gauche.

Le revenu universel n’est pas une idée nouvelle. Le premier à l’avoir théorisé, c’est Thomas More, au XVIème  siècle. L’idée a ensuite été développée par Thomas Paine au XVIIIème siècle, Milton Friedman dans les années 1960. Plus récemment, le prix Nobel d’économie Paul Krugman se prononçait en faveur d’un revenu de base.

En France, le sujet dépasse les clivages. Parmi les personnalités politiques qui se sont déjà exprimées en sa faveur, à gauche on trouve Arnaud Montebourg, les Verts Yves Cochet, Eva Joly, José Bové, Daniel Cohn-Bendit ou encore Pierre Larrouturou de Nouvelle Donne. A droite, Alain Madelin, Dominique de Villepin, et Christine Boutin…

Même Manuel Valls semble se positionner en faveur d’un « revenu universel garanti ». « Le RMI a évolué. Il est devenu le RSA. Moi, je crois qu’il faut maintenant aller plus loin. Par la réforme des minimas sociaux, leur simplification, peut-être pour aller vers un revenu universel garanti », a affirmé le Premier ministre, à l’occasion d’un discours d’hommage à Michel Rocard le 15 septembre. « Ce sont des débats bien sûr d’une grande complexité », a-t-il toutefois concédé.

Le Premier ministre, s’il n’est pas rentré dans le détail, avait déjà évoqué cette piste en avril, à l’occasion de la remise d’un rapport par l’actuel secrétaire d’État à l’Industrie Christophe Sirugue, suggérant un nouveau « revenu minimal d’existence ».

En Amérique du Nord, plusieurs expérimentations ont eu lieu dans les années 1960 et 1980. Un revenu universel a même été mis en place en Alaska dès 1976 et il devrait être testé en Finlande début 2017. Mais pourquoi un tel engouement aujourd’hui pour une idée vieille de 500 ans ?

Chômage de masse et fragilisation de l’emploi salarié

La réponse est à chercher du côté de la transformation numérique de l’économie (« uberisation » de l’économie, automatisation, robotisation…) qui fragilise l’emploi salarié. Selon le Forum économique mondial, 5 millions d’emplois seront détruits dans le monde d’ici à 2020 à cause de cette « Quatrième Révolution industrielle ».

La situation est d’autant plus préoccupante que les métiers touchés sont des emplois qualifiés, les professions intermédiaires, la classe moyenne…

Le revenu de base permettrait de mettre fin aux trappes à pauvreté, de faciliter le retour à l’emploi, de lutter la précarité; d’encourager la formation tout au long de la vie; de mieux partager le travail, de faciliter l’innovation et l’entreprenariat…

« On stabilise les perspectives d’avenir des citoyens, qui seront plus enclins à prendre des risques car ils sauront que quoiqu’il arrive, s’ils ratent, ils trouveront un filet de sécurité », explique le philosophe Jean-Marc Ferry, fervent promoteur du revenu universel. Reste à fixer le montant de celui-ci.

L’épineuse question du montant… et du financement

Selon le positionnement qu’occupent ses promoteurs sur l’échiquier politique et idéologique, le montant envisagé varie du simple au double. L’idée générale est de garantir un minimum vital, mais déterminer le « juste » montant reste difficile.

Trop élevé, il risquerait de faire naître des effets pervers: « oisiveté », baisse des salaires, flexibilité et précarisation à outrance… Trop bas, il menacerait d’être inefficace en n’augmentant que marginalement la consommation des ménages.

Pour la France, financer ce revenu universel avec les économies induites par la suppression de toutes les allocations (RSA, prime d’activité, allocations familiales, APL…) ne permettraient de verser que 200 euros par adulte et 60 euros par enfant chaque mois, selon les calculs du Conseil national du numérique. Pas de quoi vivre dignement, tout le monde en conviendra.

Il faudrait donc compenser la différence avec d’autres prélèvements. Augmenter la fiscalité des ménages et des entreprises ? Politiquement impensable. Réinventer le système monétaire ? Très compliqué…

Autre problème, selon Kevin Miligan, professeur d’économie à Vancouver: ce revenu universel remplacera les aides sociales actuellement en vigueur, mais permettra en plus « de donner de gros chèques à ceux qui n’en ont pas besoin ».

Pour être viable, un Big-Bang social et fiscal s’impose

La proposition la plus aboutie est sans doute celle du think tank libéral Génération libre. En s’appuyant sur les travaux de l’économiste Marc de Basquiat, Gaspard Koenig, son président, préconise un Big-bang social et fiscal. Supprimées toutes les allocations existantes, supprimés tous les impôts (sur le revenu, sur les sociétés…) et exonérations existantes.

La particularité du revenu universel « libéral », d’ailleurs baptisé « Liber », est qu’il prendrait la forme non pas d’une somme versée à chacun, mais d’un crédit d’impôt. Ce Liber serait financé par une taxe sur tous les revenus et au premier euro : la « Libertaxe ». Elle serait prélevée à la source et sur une base individuelle.

Concrètement, la simple soustraction du montant du Liber (fixe et universel) à celui de la Libertaxe (proportionnelle aux revenus) aboutit automatiquement soit à un « impôt négatif » (pour les plus faibles revenus), soit à un « impôt positif », contribution nette à la collectivité (pour les plus hauts revenus).

Selon les calculs de ce think tank, un revenu universel de 450 euros par adulte et de 225 euros par enfant impliquerait une Libertaxe de 23% sur l’ensemble des revenus.

Avec un tel montant, pas sûr de trouver un consensus. Pour mémoire, le montant du RSA socle pour une personne seule est de 524,16 euros…