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Hélène Natier, commerçante militante

Publié le 19/10/2017
Gauthier Kerros


Installée depuis 1987 rue Basse, Hélène Natier est une figure du Vieux-Lille. Présidente de l’Union commerciale Cœur de Lille, elle a claqué la porte de la Fédération lilloise du commerce pour mieux défendre les intérêts des commerçants lillois, lourdement impactés par le plan de déplacements urbains et les travaux décidés par la municipalité.

Le Vieux-Lille, Hélène Natier le connait bien. En 30 ans de présence, elle a compté jusqu’à 5 boutiques rue Basse. Très attachée à son quartier et aux commerçants qui le font vivre, cette femme de caractère et de cœur ne s’en laisse pas conter. Alors quand le nouveau plan de déplacements urbains est mis en place, suivi peu après par des mois de travaux, elle voit rouge. Face à la passivité de la vénérable Fédération lilloise du commerce, elle vient de lancer la Fédération indépendante du commerce de la métropole européenne de Lille (Ficomel) avec l’appui des plus belles enseignes lilloises. Entretien.

Vous célébrez cette année vos 30 ans de présence rue Basse. Comment expliquez-vous ce succès et cette longévité ?

Je l’explique avant tout par la fidélité de nos clients. Avec mon mari, nous avons démarré Bleu Natier en tant que boutique de décoration. Progressivement nous avons fait du prêt à porter, et la clientèle a suivi. Cette fidélité explique en partie cette longévité.

Elle s’explique aussi par notre capacité à nous remettre en question. Ne jamais se reposer sur ses acquis, toujours avoir un coup d’avance, toujours créer du désir, toujours être en mouvement. 

Une autre des clés du succès, c’est bien évidemment la passion. Si vous n’aimez pas ce que vous faites, vous ne tenez pas longtemps. Il faut être passionné pour faire ce métier. Peut-être encore plus aujourd’hui qu’il y a quelques années…

La longévité tient enfin à nos équipes et à la capacité que nous avons à fidéliser nos collaborateurs. Il faut que les gens se sentent impliqués dans l’entreprise et surtout qu’ils puissent eux-mêmes se développer personnellement. Tout cela fait que cela tient dans le temps.

Vous êtes en quelque sorte la « mémoire » du Vieux-Lille. Comment le quartier a-t-il évolué ces dernières décennies ?

En 30 ans, le Vieux-Lille s’est complètement métamorphosé. La rue de la Monnaie était effroyable, sans parler de la place du Concert. La moitié du quartier était en ruine. Il n’y avait que la rue de la Grande Chaussée qui tenait la route. 

Beaucoup de travail a été fait, en particulier par des particuliers, des amoureux des vieilles pierres. Et les commerçants, comme Michel Ruc par exemple, sont pour beaucoup dans la rénovation du Vieux-Lille. Ils lui ont donné une âme. Le potentiel était là, il fallait juste en faire quelque chose.

Je pense que le Vieux-Lille est devenu la « perle » de Lille. Il y a peu le quartier était florissant, agréable, avec plein de boutiques, toutes aussi intéressantes les unes que les autres. Et on peut tout faire à pied. Les gens adoraient venir à Lille pour cela. 

Quelle est la situation aujourd’hui ?

Aujourd’hui, un nouveau plan de déplacements urbains a été mis en place. En soit, ce n’est pas une mauvaise idée. Mais sa mise oeuvre a été anarchique, quelque peu autoritaire et sans vraiment tenir compte de l’équilibre de la cité. Il y avait de grandes aberrations : il était tout autant difficile de rentrer dans Lille, que de circuler dans la ville. Immédiatement après sa mise en place, la fréquentation des magasins a chuté, avec des chiffres d’affaires en berne et des licenciements par dizaine. 

Progressivement la mairie a pris conscience de certaines choses et à corriger la plupart des problèmes. Les gens se sont habitués tant bien que mal. Et patatra ! A peine le nouveau plan de circulation digéré, Lille devient un chantier : 14 rues en travaux, la Grand Place, bientôt les Halles de Wazemmes… A nouveau des problèmes de circulation, à nouveau des problèmes d’accès. Et les commerçants l’on tout de suite ressenti. Les mois d’avril et mai ont été terribles.

Il y a donc de la casse. Beaucoup d’indépendants sont en train de dévisser. Rien que pour la rue Basse, 7 commerces sont en train de fermer. C’est humainement très compliqué. Nous sommes tous complètement fragilisés. Maintenant que le mal est fait, on se demande comment nous en sortir.

L’Union commerciale Cœur de Lille, que vous présidez, s’est émancipée de la Fédération lilloise du commerce. Vous avez même créé dans la foulée la Fédération indépendante du commerce de la métropole européenne de Lille. Pourquoi ce coup de pied dans la fourmilière ?

Notre initiative peut paraitre un peu provocatrice, mais on voulait faire autrement et ne plus dépendre de la mairie. La Fédération lilloise du commerce est depuis toujours inféodée à la municipalité. Elle ne contrariera jamais aucun projet de la mairie. 

L’autre association de commerçants, le GAEL,  est plus libre. Mais il a une vision trop commerciale, avec l’organisation de tombolas, d’animations purement commerciales. Avec la Ficomel, nous souhaitons apporter une dimension culturelle et ouvrir le commerce à la culture.

La Ficomel permet également à des non-commerçants d’apporter leur vision et leur énergie. Associations artistiques, entreprises en tous genres, citoyens, tous sont les bienvenus.
La Ficomel met aussi l’accent sur l’innovation avec une grande ouverture au digital. Nous voulons ouvrir nos vitrines et changer la manière de voir nos boutiques. Puisqu’il y a moins de personnes qui peuvent les voir en passant en voiture, il faut trouver un autre moyen de les montrer. La Ficomel, c’est donc la liberté, la culture, l’énergie et l’innovation.

Ne craignez-vous pas une récupération politique ?

Non. Nous sommes apolitiques. A partir du moment où on décide de ne pas être récupéré, on n’est pas récupéré. Cela ne veut pas dire qu’on ne travaillera pas avec les politiques. Mais nous ne nous laisserons pas instrumentaliser. Nous appuierons les choses qui nous paraissent aller dans le bon sens. Dans le cas contraire, nous ferons des contre-propositions.
Quelles solutions proposez-vous pour améliorer autant que faire se peut la situation des commerçants impactés par le PDU et les travaux ?

Nous voulons d’abord accompagner les commerçants en difficultés. En partenariat avec le tribunal de commerce, nous allons mettre en place un « Samu commerces ». Il existe au sein du tribunal de commerce une cellule composée de 6 juges qui reçoit gratuitement et confidentiellement les commerçants en difficultés, avant qu’il ne soit trop tard. Un mandat ad hoc pourra éventuellement être mis en place, à un tarif « low cost ». En parallèle la région a mis en place un fond pour les commerçants en difficulté.

La deuxième chose, c’est renouer le dialogue avec la municipalité. Non seulement pour mettre en place l’avenir, mais aussi parce que cela « cautérise » les plaies. Quand il n’y a pas de dialogue, les gens ont l’impression d’être méprisés. Les commerçants en difficultés ont besoin d’être entendus. Il faut vraiment que le dialogue soit repris. C’est une évidence.

La troisième chose, c’est se regrouper tous ensemble pour mener des actions et redonner envie de venir à Lille. On ne récolte que ce qu’on sème. Des choses dramatiques ont été mises en place, il faut maintenant se retrousser les manches.

Comment les consommateurs et citoyens de la métropole peuvent-ils aider les commerçants du centre-ville de Lille ?

En rejoignant « Cœur citoyen » présidé par Christine Ribeyre. En devenant adhérent, vous serez tenus informés de toutes les actions de la Ficomel. Vous serez aussi sollicités pour donner vos idées, apporter vos savoir-faire et participer à l’élaboration de ce beau projet.