Féminisation des entreprises: France 1, Allemagne 0

Féminisation des entreprises: France 1, Allemagne 0

Publié le 08/03/2018
Gauthier Kerros


L'Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises s'est intéressé à la place des femmes dans les grandes entreprises françaises et allemandes. Souvent montrée en exemple, l’Allemagne est loin d’être un modèle en la matière.

Depuis 2007, l’Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises analyse la diversité hommes/femmes dans les grandes entreprises à tous les niveaux des organisations: conseil d’administration, comité exécutif, encadrement et effectif.

La France et l'Allemagne sont souvent comparées sur leurs performances économiques. Notre voisin est souvent montré en exemple, en particulier sur sa capacité à mener un dialogue social efficace.  Mais qu’en est-il de la place des femmes ?

Dans sa dernière étude, Michel Ferrary, professeur de management à l’Université de Genève et Chercheur affilié à SKEMA Business School, a analysé la diversité au sein des 53 plus grandes entreprises privées françaises et des 53 plus grandes entreprises allemandes, en s’appuyant sur leur dernier rapport annuel. Les résultats sont loin de ce que l’on pouvait imaginer.

Les grandes entreprises françaises sont plus féminisées que les grandes entreprises allemandes et l'écart s'accentue dans les échelons supérieurs de l'organisation. Si dans les effectifs les proportions de femmes sont proches (36,12% en France et 34,72% en Allemagne), ces proportions au niveau de l'encadrement sont de 30,39% en France et 21,64% en Allemagne, de 13,42% et de 7,29% dans les comités exécutifs.

En France comme en Allemagne, la féminisation des conseils d'administration s’est faite à marche forcée, avec des quotas imposés par le législateur (40% en France et 30% en Allemagne).

En France le « plafond de verre » entre les managers et le comité exécutif est plus épais qu'en Allemagne (16,97 contre 14,35). Mais une fois dans la place, les Françaises sont beaucoup plus solidaires que leurs consœurs allemandes.

Une fois qu’elles siègent au conseil d’administration, les Françaises incitent (formellement ou informellement) les dirigeants à recruter plus de femmes dans leur comité exécutif. Ce n’est pas le cas en Allemagne.

En France, la population de femmes managers sert largement de vivier de hauts potentiels dans lequel l'entreprise recrute les membres de son comité exécutif. Une fois encore, ce n’est pas le cas en Allemagne, selon l’étude de l’Observatoire SKEMA de la féminisation des entreprises.

A l’échelon inférieur des organisations, le plafond de verre entre les effectifs et les managers est plus épais en Allemagne (12,42 contre 5,38). Mais cette fois-ci, la présence des femmes parmi les managers est fortement corrélée à la proportion de femmes dans les effectifs (0,8016 en France et 0,6739 en Allemagne). Dans les deux pays, les entreprises utilisent donc leur population de non cadres comme vivier de recrutement de cadres.

Sur la féminisation de ses entreprises, la France s’en sort mieux que l’Allemagne. A suivre.