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Frenchvanitytribune

La représentativité des syndicats en question

Publié le 24/04/2018
Gauthier Kerros


La démocratie sociale « à la française » est fondée sur le paritarisme, faisant des syndicats patronaux et de salariés des acteurs incontournables. Mais 70 ans après son institution, que pèsent exactement les syndicats dans le monde du travail et comment se fonde leur légitimité ? Telle est la question à laquelle répond Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté/Credespo, dans une note pour la Fondation pour l’innovation politique.

Depuis 2008, la CFDT, la CGT, le Medef et la CPME se sont entendus avec les pouvoirs publics pour que la représentativité syndicale repose sur les résultats des élections professionnelles. Ces résultats, propres à chaque entreprise, font l’objet d’un recensement continu et d’une publication officielle tous les quatre ans, la dernière datant de 2017.

Mais cette mesure de la représentativité syndicale n’a guère suscité d’analyses de la part des médias ou de la recherche, alors que ses résultats fondent désormais le pouvoir syndical.

Dans une note de la Fondation pour l’innovation politique, Dominique Andolfatto, professeur de science politique à l’Université de Bourgogne-Franche-Comté/Credespo, s’intéresse donc aux résultats des élections professionnelles et, d’abord, à leur construction, assemblage de consultations disparates. Elle propose ensuite une analyse fouillée de la participation électorale.

La faiblesse de la participation électorale (42,8%) est manifestement le premier élément à souligner. Le principal problème de fond, expliquant l’abstention aux élections professionnelles, est le manque de confiance dans les syndicats. L’enquête « Où va la démocratie ? » réalisée en 2017 par la Fondapol montre que seuls 35% des Français avaient confiance dans les syndicats…

Mais ce qui a surtout retenu l’attention des médias et des commentateurs, c’est la perte par la CGT de son leadership historique au profit de la CFDT, avec respectivement 24,85% et 26,37% des suffrages. Loin devant FO (15,59%), la CFE-CGC (15,59%) et la CFTC (9,49%).

Dès lors, la CFDT est régulièrement présentée comme la « première organisation syndicale française ». Si cette évolution croisée est bien réelle, Dominique Andolfatto la relativise. D’autant plus que, si l’on tient compte des élections internes à la fonction publique (intervenues en 2014), la CGT, tout en perdant des voix, demeure bien la première organisation syndicale en France.

Surtout, ce coup d’éclat de la CFDT masque des changements sans doute plus importants encore : la confirmation de l’émiettement du paysage syndical.

Tant lors des élections dans les TPE que lors de celles des CE, ce sont la CGC et l’UNSA, sans doute plus adaptées aux nouveaux visages d’un salariat employé et cadre, qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Par rapport aux électeurs inscrits, l’audience de la CGC augmente de 13% et celle de l’UNSA de 25% tandis que la CFDT, FO, la CFTC et l’USS stagnent, et que la CGT chute.

Cette nouvelle donne syndicale ouvre-t-elle une nouvelle ère pour la démocratie sociale « à la française » ? Le quinquennat Macron sera certainement révélateur.