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La renaissance du cognac

Publié le 07/03/2018
Gauthier Kerros


Sous l’impulsion de petites marques, cette eau-de-vie emblématique des alcools français retrouve une nouvelle jeunesse. Entre authenticité et «branchitude».

C’est une révolution de velours. Historiquement alcool d’export pour les marchés anglo-saxons puis asiatiques depuis le XIX ème siècle, le cognac ne s’écoule en France que pour 2% de sa production. Soit 3,6 millions de bouteilles sur les quelque 190 millions expédiées en 2016 partout ailleurs dans le monde.

Pénalisée par une image vieillotte de digestif à la papa, cette eau-de-vie de vin séduit portant de plus en plus la jeune génération et se déguste dorénavant différemment.
« Notre marché est condamné à se réinventer » explique Géraldine Landier, à la tête de la maison familiale Rémi Landier. Ce sont justement ces petits producteurs qui portent le renouveau.

Face aux mastodontes du secteur comme Courvoisier, Hennessy, Martell ou Rémy Martin, ils n’ont pas d’autre choix que de faire valoir leur caractère et leur personnalité. D’abord, en surfant habilement sur la vague de la mixologie, ou l’art d’élaborer les cocktails. « Le cognac est désormais présent sur toutes les cartes des bars à cocktails tendance», pointe Cyril Camus, dirigeant de la maison éponyme. A New-York et à Shangaï, comme à Paris ou Lille.

A tel point que « de nombreuses maisons de cognac développent des eaux de vie en VS [au moins 2 ans d’âge] ou VSOP [au moins 4 ans d’âge] spécifiquement adaptées au cocktail », ajoute Jean-Bernard de Larquier, président du Bureau national interprofessionnel du cognac. D’autres, à l’instar de Meukow jouent la carte de l’audace avec des liqueurs au cognac à base de vanille ou de café.

« Pour se distinguer aujourd’hui, les marques se doivent de fournir une expérience gustative nouvelle. Le tout dans un bon rapport qualité-prix », détaille Emilie Pineau, des caves Legrand à Paris.

Surtout, toutes les maisons mettent en avant l’image d’authenticité et de terroir. L’alambic de cuivre et son fameux bec de cygne, la double distillation, le bon assemblage des vins, le temps et la température adéquats pour obtenir un coeur de chauffe offrant un parfait équilibre des arômes et de l’alcool: autant d’éléments qui sont la signature de l’artisan distillateur. 

Au savoir-faire local, les petites maisons se convertissent de plus en plus au bio. Même si seulement une infime partie des 75.000 hectares de vignes de folle blanche, de colombard et surtout d’ugni blanc sont en conversion, la tendance est là.

En parallèle, certains distillateurs comme Delamain, Grosperrin ou Hine proposent des crus millésimés. Chose rare dans le cognac tant la législation est contraignante et onéreuse du fait des taxes apposées sur les contrôles. « Mais ce sont précisément ces règles qui, comme en Champagne, garantissent l’authenticité de nos alcools », rappelle avec philosophie Charles Braastad, patron de la maison Delamain.